Bon, faut qu’on parle.
Tout le monde balance des « l’IA va révolutionner ton travail » et des « productivité x10 » à longueur de journée sur LinkedIn. Et moi, comme un idiot, j’ai voulu vérifier. Du coup, pendant 30 jours, j’ai utilisé l’IA pour tout. Chaque email, chaque document, chaque décision, chaque truc créatif — si l’IA pouvait aider, je testais.
Spoiler : c’est pas la révolution promise. Mais c’est pas nul non plus.
Le Contexte (Parce Que Ça Compte)
Avant de plonger dans les résultats, un peu de contexte. En France, selon le Baromètre EY 2025, 91 % des salariés déclarent utiliser l’IA au travail. Cool, non ?
Sauf que… seulement 27 % l’utilisent quotidiennement (contre 37 % dans le reste du monde). Et la plupart se contentent de rechercher des infos (49 %) ou générer des résumés (39 %). Genre, on a un Ferrari et on l’utilise pour aller chercher le pain.
Du coup, je me suis dit : « OK, je vais vraiment pousser le truc. » Mes règles :
- Tester l’IA en premier — Avant de faire quoi que ce soit manuellement, j’essaie avec l’IA
- Tout noter — Temps passé, qualité du résultat, est-ce que je l’utilise vraiment ?
- Être honnête — Si l’IA ralentit les choses ou empire la situation, je le note aussi
- Du vrai boulot — Pas de tests bidons, de vrais projets avec de vrais enjeux
J’ai utilisé principalement Claude et ChatGPT, en alternant selon les tâches. Allons-y.
Semaine 1 : La Lune de Miel
Tâches testées : 47 Où l’IA a aidé : 38 (80 %) Où l’IA a empiré les choses : 3 Temps gagné estimé : ~4 heures
Les Victoires Immédiates
Les emails — C’est là que ça claque le plus. Je balance un brouillon rapide, je colle dans Claude, et j’obtiens une version propre en quelques secondes. Entre 20 et 30 emails par jour, l’IA m’a fait gagner au moins 60 % du temps de rédaction. C’est pas rien, quoi.
Préparation de réunions — Avant chaque call, je colle du contexte sur la personne ou l’entreprise et je demande des points de discussion, les questions potentielles, les trucs à vérifier. Étonnamment utile, en fait. Tu arrives préparé sans avoir passé une heure à stalker LinkedIn.
Résumer des trucs interminables — J’avais un contrat de 40 pages à examiner (oui, je sais, passionnant). J’ai demandé à l’IA de résumer les points clés et de signaler tout ce qui semble bizarre. Elle a repéré deux trucs que j’aurais zappé, dont une clause IP chelou.
Les Échecs
Posts réseaux sociaux — Résultat générique, ça sonnait faux, genre « corporate bullshit detector » qui s’affole. J’aurais passé plus de temps à éditer qu’à écrire moi-même.
Brainstorm créatif — J’ai demandé des idées de noms de produits. Les suggestions étaient soit ennuyeuses (« TaskFlow », « WorkHub ») soit trop forcées (« SynergiMax »). Bref, inutile.
Tout ce qui nécessite ma voix — L’IA ne sait pas comment je parle. Les premiers jets avaient besoin d’une grosse édition.
Verdict Semaine 1
Le gain de productivité est réel, mais concentré sur des domaines spécifiques. L’IA excelle aux tâches structurées (emails, résumés, préparation) et galère avec tout ce qui demande de la créativité ou un style personnel.
Semaine 2 : Trouver les Limites
Tâches testées : 52 Où l’IA a aidé : 41 (79 %) Où l’IA a empiré les choses : 5 Temps gagné estimé : ~5 heures
Nouvelles Découvertes
Débogage de code — Je suis pas dev, mais je gère un petit site. Quand un truc pète, je colle l’erreur dans Claude et j’obtiens une explication claire plus la correction. Ça m’a évité des heures à tourner en rond sur Stack Overflow, clairement.
Apprendre de nouveaux concepts — J’avais besoin de comprendre l’économie unitaire pour un projet. Au lieu de lire 15 articles, j’ai demandé à l’IA d’expliquer comme si j’étais intelligent mais nouveau sur le sujet, avec des exemples concrets. 10 minutes au lieu de 2 heures. En fait, c’est là que l’IA brille vraiment.
Éditer mon propre texte — Pas les premiers brouillons (toujours nul pour ça), mais l’édition. J’écris un truc, puis je demande « raccourcis ça de 30 % sans perdre le sens ». Les coupes suggérées sont presque toujours pertinentes.
Les Plantages
Tout ce qui demande de la nuance — J’ai demandé à l’IA d’aider à rédiger un message sensible à un collègue. Le résultat était techniquement correct mais émotionnellement à côté de la plaque. J’ai dû tout réécrire.
Vérification des faits — L’IA m’a affirmé avec aplomb qu’une boîte a été fondée en 2018. C’était 2015. Du coup, j’ai appris à toujours vérifier les infos factuelles. L’IA ment avec une confiance déconcertante.
Analyse concurrentielle — J’ai demandé une analyse d’un marché que je connais bien. La sortie était superficielle et manquait des acteurs clés. Normal, l’IA n’a pas de connaissance interne du secteur.
Verdict Semaine 2
J’ai commencé à comprendre les points faibles. Excellente pour les tâches « connaissances générales », peu fiable pour tout ce qui demande une expertise pointue ou de l’intelligence émotionnelle.
Semaine 3 : Construire des Systèmes
Tâches testées : 61 Où l’IA a aidé : 52 (85 %) Où l’IA a empiré les choses : 2 Temps gagné estimé : ~7 heures
La Vraie Révélation
J’ai réalisé que je gaspillais du temps à réécrire les mêmes prompts. Du coup, j’ai construit des systèmes :
Templates d’emails avec variables — J’ai créé un prompt pour chaque type d’email (intro, suivi, proposition). Maintenant je remplis juste les blancs. Genre, c’est bête mais ça change tout.
Documents de préparation standard — Avant chaque réunion, même prompt : contexte, points de discussion, risques, questions. Sauvegardé comme raccourci.
Générateur de plans de contenu — Pour tout ce que je dois écrire, un prompt qui génère la structure. Je remplis ensuite le contenu.
Ça a tout changé. Au lieu de créer des prompts à chaque fois, je charge des prompts pré-construits. C’est là que les fameux 3 % de « power users » dont parle l’étude EY font la différence : ils utilisent plusieurs outils de manière avancée et gagnent jusqu’à une journée et demie de productivité par semaine.
Victoires Inattendues
Planification des repas — J’ai donné à l’IA mes préférences alimentaires et demandé une semaine de dîners. Simple, efficace, pas sûr pourquoi j’y ai pas pensé avant.
Planification de voyage — « Construis un itinéraire de 3 jours pour [ville] centré sur [intérêts]. Mélange touristique et local. Inclus des restos. » Mieux que la plupart des blogs de voyage, honnêtement.
Cadres de décision — Coincé sur une décision ? L’IA m’accompagne dans une matrice de décision sans que j’aie à en construire une. Vraiment clarifiant.
Ce que J’ai Arrêté d’Utiliser
L’écriture créative — J’ai abandonné. La sortie créative de l’IA est à peine passable, et l’éditer pour qu’elle ne sonne pas « IA » prenait plus de temps qu’écrire moi-même.
Tout ce qui est confidentiel — J’ai commencé à faire plus attention à ce que je collais. Pas parano, juste réfléchi.
Verdict Semaine 3
Les systèmes sont la clé. L’IA devient vraiment utile quand tu construis des workflows reproductibles au lieu de partir de zéro à chaque fois.
Semaine 4 : La Nouvelle Normalité
Tâches testées : 58 Où l’IA a aidé : 51 (88 %) Où l’IA a empiré les choses : 1 Temps gagné estimé : ~6 heures
Observations Finales
À la semaine 4, utiliser l’IA est devenu automatique. Je me demande plus « est-ce que je devrais utiliser l’IA pour ça ? » — je le fais, point.
Tâches où j’utilise maintenant toujours l’IA :
- Rédaction et édition d’emails
- Résumer des contenus longs
- Préparation et suivi de réunions
- Expliquer des concepts que je comprends pas
- Recherche initiale (avec vérification derrière)
- Formatage et nettoyage de données
- Première édition de mes textes
Tâches où l’IA ne peut pas aider :
- Tout ce qui nécessite ma voix ou personnalité spécifique
- Le travail créatif qui doit sembler original
- La communication interpersonnelle sensible
- L’analyse profonde dans des domaines que je connais mieux qu’elle
- Tout ce qui nécessite des faits actuels ou spécifiques
Les Chiffres Finaux
Total de tâches testées : 218 Où l’IA a vraiment aidé : 182 (83 %) Où l’IA a empiré les choses : 11 (5 %) Où c’était neutre : 25 (12 %)
Temps gagné : ~22 heures sur 30 jours, soit environ 45 minutes par jour.
C’est pas la « productivité x10 » que les gourous LinkedIn promettent, mais c’est significatif. 45 minutes quotidiennes, c’est ~275 heures par an. Du temps que je peux passer sur des trucs qui nécessitent vraiment un humain.
Et ça colle avec les chiffres français : selon McKinsey, l’adoption rapide de l’IA pourrait augmenter la productivité française de 3 % par an d’ici 2030. Pas mal, mais loin de la révolution annoncée.
Le Bilan Honnête
L’IA est Top Pour :
- La sortie structurée — Emails, résumés, plans, templates
- Expliquer les choses — Mieux que Google pour la plupart des concepts
- Les premiers jets de contenu routinier — Évite le syndrome de la page blanche
- Traiter l’information — Lire, extraire, reformater
- Apprendre — Poser des questions de suivi, obtenir des explications instantanées
L’IA est Moyenne Pour :
- Tout ce qui est créatif — C’est dérivé par nature
- Tout ce qui est personnel — Ne connaît pas ta voix, ton contexte, tes relations
- L’analyse dans les domaines que tu connais bien — Tu verras les lacunes immédiatement
- Les infos actuelles — Les limites de connaissance et les hallucinations sont réelles
L’IA est Nulle Pour :
- Remplacer la réflexion — Elle peut aider les décisions, pas les prendre
- La communication émotionnelle/sensible — Techniquement correct, humainement à côté
- Tout ce qui nécessite vérification — Toujours fact-checker
Ce Que Je Dirais à Mon Moi d’Avant
Si je pouvais revenir au Jour 1 :
Commence par les emails. C’est la victoire la plus facile et tu verras les résultats immédiatement.
Construis des prompts, pas des habitudes. N’essaie pas « d’apprendre le prompt engineering ». Sauvegarde juste les prompts qui marchent et réutilise-les.
L’IA est un brouillon, tu es l’éditeur. Ne jamais envoyer ou publier une sortie IA sans la relire. Jamais.
Vérifie les faits. L’IA est confiante même quand elle raconte n’importe quoi.
C’est un outil, pas un remplacement. L’IA gère les parties barbantes du boulot. Elle remplace pas les parties qui nécessitent du jugement.
Les gains de temps se cumulent. 5 minutes gagnées sur un email, c’est rien. 5 minutes gagnées sur 10 emails par jour pendant un an, c’est énorme.
Essaie Toi-Même
Tu n’as pas besoin de 30 jours. Une semaine suffit :
- Utilise l’IA pour chaque email que tu envoies
- Résume un long document
- Prépare une réunion avec l’aide de l’IA
- Demande à l’IA d’expliquer un truc que tu trouves flou
Note ce qui marche et ce qui marche pas. Construis ta propre liste de victoires.
L’objectif, c’est pas d’utiliser l’IA pour tout. C’est de trouver où elle aide vraiment ton travail.
Les Compétences Que J’ai le Plus Utilisées
Pendant ces 30 jours :
- Professional Email Writer — Clairement #1
- Executive Summary Generator — Pour chaque long doc
- AI Tutor — Apprendre rapidement de nouveaux concepts
- Meeting Notes Action Extractor — Clarté post-réunion
- System Prompt Architect — Construire des assistants custom
Si tu pars de zéro, ces cinq-là couvriront la plupart des cas d’usage.
Prêt à tester ? Explore toutes les compétences ou commence par le Guide du Fainéant pour l’essentiel.