Bon, on va pas se mentir : pendant qu’on débattait de la régulation de l’IA en Europe, la Chine a tranquillement pris dix ans d’avance sur les robots humanoïdes. Genre, vraiment dix ans. Et là, en 2026, on se réveille avec la gueule de bois technologique du siècle.
Les chiffres qui font mal
Accrochez-vous parce que ça pique : en 2025, la Chine a expédié dix fois plus de robots humanoïdes que les États-Unis. Dix fois. Pas 20% de plus, pas le double — dix fois. Du coup, quand Goldman Sachs annonce un marché de 38 milliards de dollars d’ici 2035, devinez qui va se tailler la part du lion ?
AgiBot, vous connaissez ? Non ? Bah c’est normal, personne en parlait y’a deux ans. Aujourd’hui, ils contrôlent 39% du marché mondial. Trente-neuf pour cent. C’est genre… énorme. Et ils sont pas seuls : Unitree balance des robots à 16 000 dollars (oui, vous avez bien lu), UBTECH fait des humanoïdes pour l’industrie automobile, et une dizaine d’autres boîtes chinoises poussent comme des champignons après la pluie.
« Mais les Américains ont Boston Dynamics ! »
Ouais, enfin Boston Dynamics, c’est un peu le mec qui fait des backflips impressionnants sur YouTube mais qui trouve pas de boulot (désolé, c’est méchant mais c’est vrai). Pendant que leurs robots font des vidéos virales, les Chinois, eux, mettent leurs machines sur les chaînes de montage. Y’a une différence entre faire le buzz et produire à l’échelle industrielle, quoi.
Tesla avec Optimus ? Elon promet des merveilles depuis 2022. On attend toujours. Spoiler : on va probablement encore attendre un moment.
L’Europe : le spectateur premium
Et nous alors ? Bah… comment dire… on regarde. Avec notre pop-corn et nos normes de sécurité (qui sont très bien hein, c’est pas le problème). Le truc, c’est qu’on a exactement un champion européen sérieux dans ce domaine : NEURA Robotics, une boîte allemande. Une. Sur tout le continent.
En France, on a une stratégie IA nationale, des talents de ouf dans la recherche, des écoles d’ingénieurs parmi les meilleures au monde… et on produit zéro robot humanoïde commercialisable. C’est quand même un peu la honte cosmique.
D’ailleurs, la question de la souveraineté technologique, personne veut vraiment l’aborder. On a vu ce que ça donnait avec les semi-conducteurs pendant le Covid — ruptures de stock, dépendance totale à l’Asie, usines automobiles à l’arrêt. Bah là, c’est pareil, mais en pire. Parce que les robots humanoïdes, c’est pas juste des gadgets : c’est l’avenir de l’industrie manufacturière. Et si on dépend de la Chine pour ça… bref, vous voyez le tableau.
Pourquoi la Chine gagne (et c’est pas juste une question d’argent)
Le secret chinois, c’est pas mystérieux en fait. C’est une combinaison de trois trucs :
1. L’intégration verticale. Les Chinois fabriquent tout : les moteurs, les capteurs, les batteries, les puces (de plus en plus). Du coup, ils contrôlent toute la chaîne de valeur et peuvent optimiser les coûts comme personne.
2. Le marché intérieur massif. 1,4 milliard de personnes, une industrie manufacturière gigantesque qui cherche à automatiser (parce que la main-d’œuvre devient chère), et un gouvernement qui pousse à fond. C’est le combo parfait pour tester, itérer, et scaler.
3. La vitesse d’exécution. Pendant qu’on fait des études d’impact et des comités de réflexion, eux ils sortent des produits. Unitree a sorti un robot à 16 000 dollars. Seize mille. C’est le prix d’une petite voiture. Essayez de faire ça en Europe avec nos coûts de production et nos délais administratifs.
Et l’Europe dans tout ça ? (Spoiler : c’est pas brillant)
NEURA Robotics, c’est notre dernier espoir. Basée en Allemagne, la boîte développe des robots cognitifs qui peuvent interagir avec les humains de manière intuitive. C’est prometteur, vraiment. Mais une boîte contre un écosystème de cinquante entreprises chinoises… les maths sont pas de notre côté.
La France pourrait jouer un rôle. On a Mistral AI qui cartonne dans le LLM, des labos de recherche en robotique reconnus mondialement, et un tissu industriel qui pourrait absorber ces technologies. Mais pour l’instant, zéro politique industrielle ambitieuse sur les robots humanoïdes. On préfère subventionner des trucs moins risqués (et moins stratégiques).
Le problème, c’est qu’on est en train de reproduire exactement le même schéma qu’avec les smartphones, les batteries, et les panneaux solaires. On invente, on théorise, on publie des papiers de recherche brillants… et les Chinois industrialisent. Dans dix ans, on se plaindra qu’on est dépendants d’eux pour les robots comme on se plaint aujourd’hui pour tout le reste.
Ce qui va se passer (prédictions d’un mec random sur Internet)
Goldman Sachs prévoit un marché de 38 milliards de dollars d’ici 2035. Perso, je pense qu’ils sous-estiment. Quand les robots humanoïdes atteindront un prix accessible (genre 10-15k euros) et une fiabilité suffisante, ça va exploser. Les usines européennes vont en acheter par milliers — des robots chinois, évidemment, parce qu’on aura pas d’alternative locale.
Et là, deux scénarios :
Scénario optimiste : L’Europe se réveille, lance un « Airbus de la robotique », finance massivement NEURA et d’autres startups, et arrive à se tailler une part du marché d’ici 2030. On reste dépendants, mais pas totalement.
Scénario réaliste : On continue à faire des rapports, des livres blancs, des « stratégies nationales » sans budget, et en 2030 on découvre qu’on a raté le coche. Comme d’hab.
Conclusion (ou plutôt constat amer)
La guerre des robots humanoïdes est déjà en cours, et on la perd. Pas parce qu’on manque de talents ou d’idées — on en a plein. Mais parce qu’on est incapables de transformer ça en industrie à grande échelle. C’est le drame européen depuis vingt ans, et visiblement on a pas prévu d’en sortir.
La Chine, elle, avance. Avec méthode, avec moyens, et avec une vision à long terme qu’on peut critiquer (et on devrait, sur plein d’aspects), mais qu’on peut pas ignorer. Pendant ce temps, l’Europe regarde, commente, et espère que ça va s’arranger tout seul.
Spoiler : ça va pas s’arranger tout seul.
Du coup, la prochaine fois que vous verrez une vidéo d’un robot chinois qui fait un truc impressionnant, rappelez-vous que c’est pas juste un exploit technologique. C’est un aperçu de notre future dépendance. Et ça, ça devrait tous nous faire flipper un minimum.
Allez, sur ce, je retourne bosser avec mes outils IA… en espérant qu’un robot me remplace pas trop vite.