L'Art Subtil de S'en Foutre de l'IA

Tout le monde panique sur l'IA. Et si le vrai pouvoir, c'était de maîtriser 2-3 outils au lieu de courir après 50 ? Guide anti-FOMO pour gens sensés.

Ouvre LinkedIn. Vas-y, je t’attends.

C’est bon ? Tu as compté le nombre de posts sur l’IA ? Les « Expert IA » auto-proclamés, les « Top Voice Intelligence Artificielle », les mecs qui te partagent leur « workflow de 47 outils IA pour être 10x plus productif » ? Le mec qui poste un selfie avec un fond bleu dégradé et une accroche du genre « J’ai remplacé mon équipe de 12 personnes par Claude et ChatGPT (et vous devriez aussi) » ?

C’est devenu un salon Vivatech permanent, ton fil d’actu.

Et je vais te dire un truc que personne n’ose écrire sur LinkedIn (parce que l’algorithme te punirait) : la grande majorité de ce cirque ne sert strictement à rien.

Le FOMO IA, cette maladie très française

On a un problème en France. On est un pays qui a inventé le droit à la déconnexion, les 35 heures, les RTT, et qui a eu l’intelligence de créer la CNIL avant que le reste du monde ne réalise qu’il fallait protéger les données personnelles. On a dans l’ADN cette capacité à prendre du recul, à questionner, à dire « attendez, on réfléchit deux secondes avant de foncer ».

Et pourtant.

Pourtant, depuis deux ans, on assiste à un truc fascinant : une bonne partie de la tech française s’est mise à copier bêtement le délire californien. « Startup Nation ! » « La French Tech ! » « Il faut un Chief AI Officer dans chaque boîte ! » On a des types qui se baladent en hoodie dans le Sentier en citant Sam Altman comme s’il était le nouveau Sartre.

L’ironie est délicieuse : on importe le hustle culture de la Silicon Valley dans un pays qui a légiféré pour que tu ne reçoives pas de mails après 18h. On copie le pire de la culture tech américaine tout en étant assis sur une tradition intellectuelle qui devrait nous protéger exactement de ça.

Le résultat ? Un FOMO collectif. Tout le monde a peur de « rater le train de l’IA ». Les managers font des réunions sur l’IA. Les RH lancent des « chartes IA ». Les consultants facturent des fortunes pour des « audits IA » qui consistent essentiellement à dire « oui, vous devriez utiliser ChatGPT ». Et toi, au milieu, tu te demandes si tu devrais tester le 38e outil qu’on t’a recommandé cette semaine.

Spoiler : non.

Le vrai coût de tout tester

Parlons concrètement. J’ai fait le calcul (avec une IA, évidemment – on n’est pas des sauvages).

Le temps moyen pour « tester » un nouvel outil IA :

  • Découverte : 15 minutes (article, vidéo, thread)
  • Inscription : 5 minutes (email, mot de passe, vérification, cookies, RGPD)
  • Premier test : 30 minutes (tiens, c’est quoi cette fonctionnalité ?)
  • Configuration : 20 minutes (paramètres, intégrations, import)
  • Réalisation que ça fait à peu près la même chose que les 4 autres : instantanée, mais tu refuses de l’admettre pendant 2 jours

Total : environ 1h30 par outil. Multiplie par les 47 outils recommandés par le mec LinkedIn, et tu perds 70 heures par an. C’est presque deux semaines de boulot. Deux semaines que tu aurais pu passer à, je sais pas, bosser. Ou profiter de tes RTT.

Et le pire, c’est qu’au bout de tout ça, tu ne maîtrises rien. Tu as 12 onglets ouverts, 8 comptes freemium, 3 abonnements que tu as oublié d’annuler, et tu fais à peu près la même chose qu’avant – mais avec plus d’étapes.

C’est pas de la productivité. C’est du cosplay de productivité.

Les 3 seuls trucs qui comptent (pour de vrai)

OK, alors si 90% du bruit est du bruit, qu’est-ce qui reste ? Trois choses. Trois. Pas trente-sept, pas un « stack IA complet », pas une « stratégie d’adoption en 12 phases ». Trois.

1. Un outil de conversation que tu connais vraiment

Choisis-en un. Claude, ChatGPT, Gemini, Mistral – on s’en fout. L’important c’est que tu le connaisses en profondeur. Que tu saches ce qu’il fait bien, ce qu’il fait mal, comment le faire changer de direction quand il part en vrille.

La différence entre quelqu’un qui « utilise l’IA » et quelqu’un qui en tire vraiment de la valeur, c’est pas le nombre d’outils. C’est la profondeur de maîtrise d’un seul.

Tu vois un menuisier avec 47 perceuses ? Non. Il en a une bonne, et il sait exactement ce qu’il peut en faire.

Un bon point de départ : le skill Améliore tes Prompts 10x. Pas parce que tu dois devenir « prompt engineer » (pitié, arrêtez avec ce titre), mais parce que comprendre comment parler à ton outil, c’est la base.

2. Un workflow que tu as automatisé pour de vrai

Pas « j’ai testé Zapier une fois ». Un vrai truc qui tourne tout seul, chaque semaine, et qui te fait gagner du temps mesurable. Ça peut être :

Un seul. Qui marche. Qui te fait gagner du temps chaque semaine. C’est 10 fois plus puissant que 20 outils que tu as « testés ».

3. La capacité à dire non au reste

C’est le plus dur. Et c’est le plus important.

Chaque fois que quelqu’un te dit « t’as vu le nouvel outil X ? C’est révolutionnaire ! », ta réponse par défaut devrait être : « Cool. Ça fait quoi que mes outils actuels font pas ? ». Et dans 9 cas sur 10, la réponse honnête c’est : rien. Ou alors un truc marginal qui ne justifie pas l’investissement en temps.

La CNIL avait raison avant tout le monde : la question c’est jamais « est-ce qu’on peut ? », c’est « est-ce qu’on doit ? ». Applique ça à ta stack IA.

T’as le droit de t’en foutre (et c’est même recommandé)

On va poser ça clairement, parce que personne ne te le dit :

Tu as le droit de ne pas avoir d’avis sur le dernier modèle d’OpenAI. Tu as le droit de ne pas savoir ce qu’est un « agent IA ». Tu as le droit de ne pas avoir testé Sora, Suno, Perplexity, Cursor, v0, et les 200 autres trucs qui sont sortis ce mois-ci.

Tu as le droit de regarder le post LinkedIn du mec qui a « révolutionné son quotidien avec 15 agents IA » et de te dire « mouais, moi je vais plutôt aller au marché ».

C’est pas du retard. C’est du discernement.

Et en France, on devrait être les champions du monde de ça. On a toujours eu cette tradition intellectuelle de ne pas gober n’importe quoi. Voltaire ne se serait pas fait avoir par un thread LinkedIn sur la productivité. Camus aurait écrit un essai dévastateur sur l’absurdité du hustle culture. Descartes aurait douté, méthodiquement, de chaque outil avant de n’en garder qu’un.

On a ça dans le sang. Arrêtons de faire semblant que c’est un défaut.

Le paradoxe : moins d’outils = vrai avantage compétitif

Et voilà le twist que les « experts IA » ne te diront jamais, parce que ça va à l’encontre de leur business model : les gens les plus efficaces avec l’IA sont ceux qui utilisent le moins d’outils.

C’est pas un paradoxe, en fait. C’est du bon sens. Quelqu’un qui maîtrise un outil en profondeur peut en tirer des résultats que le mec aux 47 outils ne verra jamais, parce que ce dernier passe son temps à naviguer entre les interfaces au lieu de produire.

C’est exactement comme la cuisine. Le chef étoilé n’a pas besoin de 15 robots différents. Il a un bon couteau, une bonne poêle, et 20 ans de pratique. Le type qui achète tous les gadgets du Thermomix au robot pâtissier en passant par l’appareil à raclette connecté ? Il commande des pizzas le vendredi soir.

Concrètement, voilà ce que donne la maîtrise vs la dispersion :

ApprocheTemps investiRésultat
2 outils maîtrisés en profondeur10h d’apprentissage, puis gain netRésultats concrets, répétables, mesurables
15 outils « testés » superficiellement25h de papillonnageBeaucoup de bruit, peu de signal

Le calcul est vite fait.

Le programme de désintoxication (en 3 étapes)

Si tu es atteint du FOMO IA (pas de honte, on y est tous passés), voilà le protocole :

Étape 1 – L’audit brutal. Prends 10 minutes. Liste tous les outils IA que tu utilises. Vraiment utilises, pas « testé une fois il y a 3 mois ». Il en reste combien ? Deux ? Trois ? Bingo. Les autres, désabonne-toi. Ça fera du bien à ta boîte mail et à ta charge mentale. Le skill Planificateur Détox Digitale peut t’aider à structurer ça.

Étape 2 – La spécialisation. Choisis un cas d’usage concret que tu veux améliorer avec l’IA. Un seul. « Je veux écrire des emails plus vite. » « Je veux résumer mes documents de 30 pages. » « Je veux arrêter de galérer des décisions pendant 3 jours. » Puis deviens excellent là-dessus. Vraiment excellent. Tu peux commencer par les skills productivité – ils sont faits pour ça.

Étape 3 – Le filtre. Installe ce filtre mental : chaque fois qu’on te parle d’un nouvel outil IA, demande-toi « Est-ce que ça résout un problème que j’ai vraiment ? ». Si la réponse est non, passe ton chemin. Ton futur toi te remerciera avec un bon verre de Bordeaux.

Le mot de la fin (écrit sans 47 outils IA)

On vit un moment bizarre. On a accès à des outils incroyablement puissants, et notre réflexe collectif c’est de paniquer en essayant de tous les utiliser en même temps. C’est comme si on t’avait donné accès à toutes les bibliothèques du monde et que tu passais ton temps à courir d’une étagère à l’autre au lieu de t’asseoir et de lire un bon bouquin.

La France a toujours su prendre du recul. On est le pays qui a régulé les GAFAM avant les autres, qui a légiféré sur le droit à la déconnexion, qui a dit « non merci » à une partie du délire tech américain.

Applique cette même sagesse à ta relation avec l’IA. Choisis tes outils avec autant de soin qu’un bon fromager choisit ses producteurs. Maîtrises-en deux ou trois. Ignore le reste sans culpabilité.

Et la prochaine fois qu’un « Expert IA LinkedIn Certified Thought Leader Disruptif » te dit que tu es en retard parce que tu n’as pas testé son outil du jour, souris, ferme l’onglet, et va prendre un café.

Tu n’es pas en retard. Tu es simplement en train de réfléchir. Et ça, c’est très français.


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