Google Sheets remplit une colonne entière avec l'IA : pourquoi le bouton n'apparaît pas chez toi

Sheets remplit des colonnes entières avec l'IA, sans formule. Quel forfait il faut, pourquoi le bouton reste caché en Europe, et où ça déraille.

Tu as 300 commentaires clients dans une colonne et il faut étiqueter chacun : content, mécontent, à rappeler. Les options habituelles ? Deux soirées à la main, une formule que tu auras oubliée dans quinze jours, ou une extension qui te réclame 19 € par mois et l’accès à l’intégralité de ton compte Google.

Sauf qu’il y en a une troisième, et elle traîne déjà dans ton tableur. Tu attrapes le petit carré en bas à droite de la cellule — oui, celui que tu utilises depuis toujours pour recopier une formule vers le bas — tu tires, et Sheets t’écrit la colonne.

Ça s’appelle Remplir avec Gemini. Le déploiement s’est élargi le 7 juillet, et le Blog du Modérateur a couvert la vague Gemini dans Workspace. Bref, la fonction existe.

Sauf que tu vas la chercher dans ton tableur… et tu ne vas pas la trouver. Il y a une raison, et personne ne l’a écrite.

Ce que ça fait, concrètement

Remplir avec Gemini lit le contexte de ton tableau et remplit les cellules vides avec du texte. Quatre boulots, pas un de plus : ça rédige (fiches produit, réponses, descriptions), ça résume (un long paragraphe en une ligne), ça catégorise (300 dépenses rangées proprement) et ça détecte le sentiment (commentaires triés en content / mécontent).

Pas de formule. Pas d’extension. C’est dedans, point.

Deux façons de le déclencher, et connaître les deux t’évite pas mal de galère :

La version en 3 minutes
Tape 2 ou 3 exemples à la main remplis les premières cellules comme tu veux que le reste ressemble
Tire le petit carré vers le bas la même poignée que pour recopier une formule — sauf qu'elle réfléchit
Ou : sélectionne des cellules vides → Remplir colonne vide, tu écris ta consigne en français
Vérifie avant de faire confiance 60 secondes, la méthode est plus bas
Deux points d'entrée, les deux dans Sheets. Rien à installer.

Le glisser-déposer, c’est celui qui a un petit côté magique. Tu remplis deux-trois lignes comme tu les veux — « Remboursement », « Question livraison », « Compliment » — tu attrapes le carré, tu tires. Sheets pige le motif et te fait les 297 autres.

Le prompt, c’est pour la colonne complètement vide. Tu sélectionnes, tu cliques Remplir, et tu écris ce que tu veux en français : « Résume l’avis de cette ligne en moins de 10 mots. »

Google annonce 9 fois plus rapide qu’à la main. Attention au chiffre : il sort d’une étude de Google, sur 95 participants, pour une seule tâche de 100 cellules. Donc un chiffre constructeur, pas une mesure indépendante. La direction est bonne. La virgule, on s’en fiche.

La vraie question : pourquoi le bouton n’est pas là ?

C’est LA frustration numéro un, et toute la première page de résultats l’esquive. Tu ouvres Sheets, tu cherches le bouton, il n’y est pas.

Il y a deux raisons complètement différentes. Et on ne parle jamais de la seconde.

Raison 1 : ton forfait. Vite réglé.

Tu as…Tu l’as ?
Business Standard ou Business PlusOui
Enterprise Standard ou Enterprise PlusOui
Google AI Pro ou Google AI Ultra (perso)Oui
Module AI Expanded Access / AI Ultra AccessOui, avec des limites plus hautes
Business StarterNon — pas sur la liste
Un compte Gmail gratuitNon — il faut Google AI Pro ou Ultra, payant

Donc le raccourci qu’on lit partout — « c’est gratuit dans ton compte Google » — est faux, et autant le dire franchement. C’est inclus dans certains forfaits payants. Un Gmail gratuit ne l’a pas.

Raison 2, et c’est la bonne : même avec le bon forfait, la fonction est probablement invisible chez toi. Parce que ton domaine est en Europe.

Remplir avec Gemini dépend d’un réglage appelé « fonctionnalités intelligentes de Google Workspace ». S’il est désactivé, le bouton disparaît, purement et simplement. Et là, accroche-toi, parce que c’est écrit noir sur blanc dans l’aide administrateur de Google : pour les domaines basés dans l’Espace économique européen, au Japon, en Suisse et au Royaume-Uni, les fonctionnalités intelligentes sont désactivées par défaut. Partout ailleurs dans le monde : activées par défaut.

Traduction : pour à peu près toutes les boîtes françaises sous Workspace, l’interrupteur est sur OFF depuis le premier jour, sans que personne dans l’entreprise n’ait jamais rien décidé. Google a fait ça par prudence RGPD — de la précaution d’usine, quoi. Sauf que personne n’est au courant, du coup des milliers de gens cherchent une fonction que leur propre console d’admin a éteinte pour eux.

Deux sorties possibles. Soit ton admin réactive le réglage dans Paramètres du compte → Fonctionnalités intelligentes de Google Workspace. Soit — et ça, presque personne ne le sait — tu écrases le réglage par défaut toi-même, dans tes préférences perso. Dans les deux cas c’est un vrai arbitrage vie privée, pas une formalité : parles-en à ton DPO avant, pas après.

Le deuxième piège : le français, oui et non

Là ça devient vicieux, parce que deux fonctions portent des noms proches et se comportent de façon radicalement différente.

  • Remplir avec Gemini comprend le français. C’était dedans dès le départ, avec l’anglais, l’espagnol, le portugais, l’italien, l’allemand, le japonais et le coréen. Depuis le 7 juillet, onze langues de plus s’ajoutent. Tes commentaires clients en français ne posent aucun problème.
  • Le remplissage intelligent amélioré — la vieille détection de motifs — ne comprend, selon l’aide Google, que des valeurs en anglais. Et aussi : ordinateur uniquement, colonnes de texte uniquement (ni nombres, ni dates), et il faut au moins trois lignes d’exemple avec deux valeurs distinctes.

Donc si tu balances des données en français et qu’il ne se passe strictement rien, c’est exactement ça. C’est pas toi. Retiens simplement : Gemini parle français, le vieux Smart Fill non.

Autre date à noter : le 15 juillet, les limites promotionnelles (généreuses) prennent fin. Ensuite, ce seront des limites par utilisateur, et les quotas élevés iront aux comptes avec licence IA. Les chiffres exacts, Google ne les publie pas, évidemment. Du coup, si la fonction se met bientôt à refuser les gros travaux, elle ne sera pas cassée : elle sera plafonnée.

Là où ça se plante (et le contrôle en 60 secondes)

Maintenant la partie qu’aucune page produit ne te racontera.

Cet outil se trompe. Pas « il bugge de temps en temps » — il se trompe avec un aplomb total, ce qui est nettement pire, parce qu’une mauvaise réponse ressemble exactement à une bonne quand elle est bien rangée dans une cellule.

Bonne nouvelle : la recherche est étonnamment claire sur l’endroit où ça casse. Un benchmark 2026 a lâché les modèles de pointe — Gemini compris — sur des tableurs réalistes. Le meilleur score : 82,4 % global. Ça sonne bien, jusqu’à ce que tu traduises : environ une réponse sur six est fausse. Et la précision est tout sauf uniforme :

Précision selon le type de tâche
Meilleurs modèles, benchmark tableurs 2026
Recherches simples
94
Filtrage
84
Agrégation (sommes, moyennes)
76
Comptage
67
Agrégation complexe
33
Le simple, ça tient. Le raisonnement en plusieurs étapes, c'est pile ou face — voire pire.

Deux agrégations complexes sur trois reviennent fausses. Sur un tableur volumineux et mal rangé, la précision moyenne tombe autour de 48,6 %. Un autre benchmark plaçait les modèles de classe GPT-4 à 28 % là où les humains faisaient 64 %.

Ce n’est pas un argument contre l’outil. C’est un argument pour savoir quoi lui confier. Catégoriser, résumer, rédiger du texte — c’est-à-dire précisément ce pour quoi Remplir avec Gemini est fait — se situe du côté fiable. Lui demander de raisonner sur plusieurs colonnes et de calculer : c’est là qu’il s’effondre.

Les ratés documentés, à surveiller :

  • Il lit la mauvaise colonne quand tes en-têtes se ressemblent. « Catégorie » et « Sous-catégorie » côte à côte : le grand classique.
  • Il invente des catégories. Tu en voulais quatre, et te voilà avec « Autre », « Général » et « Divers » — plus « Email » et « Email / newsletter » comptés comme deux choses différentes.
  • Les cellules fusionnées et les en-têtes cachés le cassent. Il lit ton tableau comme du texte brut, donc toutes tes béquilles visuelles — en-têtes en gras, lignes de titre fusionnées — ne font que l’embrouiller.

Le contrôle en 60 secondes. Ne relis pas 300 lignes. Fais ça :

  1. Filtre la colonne que tu viens de remplir et regarde la liste des valeurs uniques. Tu voulais quatre catégories et tu en vois neuf ? Problème trouvé en huit secondes. Les doublons et les catégories inventées sautent aux yeux.
  2. Dix lignes au hasard. Colonne d’appoint avec =ALEA(), tu tries une fois dessus, tu lis les dix premières — le texte d’origine et la réponse de l’IA, côte à côte. Dix lignes au hasard attrapent n’importe quelle erreur systématique.
  3. Va chercher les lignes moches exprès. Trie par longueur du texte et lis les plus longues. L’ambigu, le bavard, l’ironique : c’est là qu’il se vautre. Un « merci, ça a cassé au premier usage » finit étiqueté content plus souvent que tu ne l’imagines.

Trois gestes, une minute. C’est la différence entre un outil et un risque.

Ce que ça change pour toi

Un peu de contexte français : d’après l’Insee, seulement 10 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utilisent une technologie d’IA. Chez les moins de 50 salariés, on tombe à 9 %, contre 33 % au-dessus de 250. Cet écart-là ne se comble pas avec un plan de transformation digitale. Il se comble avec une colonne.

Si tu as une petite boîte : commence par la tâche que tu repousses depuis des mois. Le fichier clients en vrac, un an de dépenses non catégorisées, 200 fiches produit jamais rédigées. Une colonne, une vérif, et en dix minutes tu sais si ça mérite une place dans ta semaine.

Si tu es en administratif ou en ops : ici meurt discrètement toute une catégorie de corvées pour lesquelles personne ne t’a jamais remercié. Nettoyer un import, uniformiser une colonne pays, trier un paquet de retours clients. Garde l’heure que tu viens de gagner et n’en parle à personne.

Si tu vends en ligne : les textes en masse, c’est le gain évident — tu exportes tes fiches dans un tableur, tu remplis titres et descriptions avec ton ton à toi, tu réimportes. Par contre, les faits, tu ne les lui laisses pas écrire. Le ton, il le maîtrise ; tes dimensions et tes matières réelles, il n’en sait rien.

Si tu tiens la compta : la catégorisation, ça marche vraiment. Le calcul, non. Laisse-le trier les écritures dans des cases, mais les totaux, tu les gardes. Cette ligne de partage est exactement celle du benchmark, et c’est toute la discipline en une phrase.

Si tu es sur un Gmail gratuit : tu ne l’as pas, et aucun article ne te le donnera. Le plan B : un forfait Google AI payant, ou copier la colonne dans un chatbot et recoller le résultat. Plus lourd, mais gratuit.

Ce qu’il ne sait pas faire

  • Il ne te dit pas quand il se trompe. Aucun score de confiance, aucun drapeau, aucune erreur. Les mauvaises valeurs arrivent avec la même tête que les bonnes. C’est là tout le risque — et c’est pour ça que la vérif n’est pas optionnelle.
  • Il ne fait pas tes calculs. Colonnes de texte uniquement — et vu les 33 % en agrégation complexe, cette limite est un cadeau.
  • Il ne range pas ton tableau à ta place. Cellules fusionnées, lignes vides, en-têtes flous : tout ça le dégrade. Dix secondes de ménage battent n’importe quel prompt.
  • Il ne marche pas sur ton téléphone. Ordinateur. Et pour le remplissage intelligent amélioré, en plus : valeurs en anglais seulement.
  • Il ne fait pas de toi un expert de tes propres données. Il tape plus vite, c’est tout. Décider quelles catégories devraient exister, ça reste ton boulot.

Au final

La raison de s’y intéresser, ce n’est pas que l’IA soit brillante. C’est qu’un travail qui te coûtait une soirée te coûte maintenant un glissement de souris et une minute de contrôle — et que les résultats de recherche continuent de te vendre une extension pour ça.

Connaître les deux déclencheurs, vérifier ton forfait, vérifier l’interrupteur EEE, lui donner du texte et pas de l’arithmétique, et ne jamais sauter la vérif. Voilà tout le savoir-faire.

Si tu veux passer de « j’ai ouvert un tableur » à « je nettoie n’importe quelle liste en vrac sans y penser », notre cours IA pour les tableurs démarre gratuitement — les deux premières leçons sont ouvertes, sans inscription.

Sources

Développe de Vraies Compétences IA

Cours pas à pas avec quiz et certificats pour ton CV